Percussion littéraire

« Uppercut », la nouvelle collection de BSN Press

Approfondimento del 23.10.2017 di Festa Camaj

« Uppercut », autrement dit geste de percussion… littéraire ! En effet, il s’agit là du titre poignant de la nouvelle collection proposée par la maison d’édition BSN Press. La série d’ouvrages comprend six textes, appelés micro-romans en raison de leur brièveté, dont tous s’inscrivent dans la thématique du sport. Il est important ici de relever qu’ils ne font que s’inscrire dans cette thématique et non pas de la traiter, puisque comme on va le découvrir, le sport sera un tremplin pour entrer dans les profondeurs psychologiques des protagonistes. Née en avril 2017, la collection « Uppercut » offre des histoires tout à fait percutantes, où la longueur réduite des textes (une soixantaine de pages) participe à la densité des contenus. Forme et fond jouent d’une forte intensité et nous livrent des récits où les tourments de l’humain au sein la société sont mis au centre. Pour mieux comprendre la genèse de cette compilation originale, nous avons rencontré Pierre Fankhauser, le directeur de la collection.

Ce titre pose des interrogations. Dans ce contexte, quelle est la signification de « uppercut » et pourquoi avoir choisi cette appellation ?
C’est une idée de Giuseppe Merrone, directeur de BSN Press, qui a vu dans la boxe un sport emblématique dans le rapport à l’écriture. On peut citer par exemple Jack London.
Derrière ce titre, il y a l’idée de quelque chose qui claque. Ce n’est pas n’importe quel coup ! En général, si un boxeur réalise ce coup, il met K.O. son adversaire. Mis en lien avec la dimension sociologique des textes, le mot « uppercut » permet de signifier, de condenser un impact de sens. Ce terme est intéressant car il est, à la fois, lié au sport mais aussi au niveau symbolique car il y a un fort sens métaphorique.

Le lien regroupant ces textes est la thématique du sport. Comment avez-vous présenté ce critère d’écriture aux auteurs et y en avait-il d’autres, à part le thème général du sport ?
La thématique a été présentée sous une forme différente, à savoir le sport dans sa dimension sociologique, considéré comme un phénomène social global. Aujourd’hui, on sait que le sport prend beaucoup de place dans la société en général. Ainsi, pour parler de cette dernière, le sport peut devenir une porte d’entrée pour traiter du monde actuel, à travers une optique passablement sombre, marque de la maison BSN Press. A noter que cette dimension « noire » n’était pas un critère mais connaissant la maison d’édition, les auteurs en ont sûrement été influencés.
Outre le sport dans son rapport à la société, la longueur était également un critère. Les livres sont tous des micro-romans. L’aspect stylistique restait très ouvert, aucun genre littéraire n’était imposé. Ainsi, le roman de Bessa Myftiu a une tonalité plus historique, puisqu’il est ancré dans la réalité des années 90’ en Albanie et traite à proprement parler d’une époque historique qui est le communisme.

Comment les auteurs ont-ils réagi à votre requête, sachant que ce n’est pas forcément leur thématique de prédilection ?
Les divers sports n’étaient pas imposés, les auteurs avaient le libre choix. Certains ont pratiqué eux-mêmes les sports traités, d’autres devaient se projeter dans la peau d’un sportif. Notre choix de cette thématique avait aussi pour but de déstabiliser quelque peu les auteurs, les faire sortir de leur pré-carré, de ce qu’ils ont l’habitude faire.
Ils ont pris cela comme une forme de défi mais il est clair que le format court facilitait le travail puisque l’écriture de ces grandes nouvelles pouvait se faire d’un jet. Philippe Lafitte, par exemple, disait qu’il trouvait ce format très intéressant car il permet d’aller plus loin qu’une nouvelle et de développer une intrigue mais cela reste un travail qui se fait d’un souffle, sans que cela se fasse sur une longue durée et avec une architecture complexe.

Tous les textes sont brefs, c’était donc une exigence de votre part. Quel en est le motif ?
L’exigence de textes courts est motivée par notre volonté d’élargir le public de lecteurs. Ces livres sont destinés, non seulement aux personnes qui aiment la littérature, mais aussi à celles qui aiment le sport. Et dans cet ordre d’idée, on a voulu reproduire le temps de pratique d’une activité sportive au temps de lecture d’un de nos micro-romans ; faire correspondre la durée de 45 minutes – 1 heure d’une activité sportive à la lecture. C’est une manière pour nous, à travers cet ancrage sportif, d’amener un nouveau public à la littérature.

Est-ce que les textes ont été retravaillés avec les auteurs ?
C’était très variable. Certains textes n’avaient besoin d’aucune modification ; c’est le cas pour les auteurs plus expérimentés. En tant que directeur de collection, j’ai fait mes propositions mais sans les imposer. Pour les textes où il y a eu davantage de travail, c’était toujours en collaboration avec les auteurs. Il était très intéressant d’élaborer ce travail d’édition : respecter le travail de base en tentant tout de même de le mener plus loin. Il était très important pour moi de respecter l’originalité de pensée des auteurs et leur style, tout en faisant des propositions qui permettaient par exemple de resserrer l’intrigue.

En lisant les livres, on constate que le sport semble laisser sa place à la profondeur psychologique des personnages. Peut-on affirmer qu’il est un tremplin, un prétexte, ou plutôt un point de départ pour ensuite pénétrer dans les recoins intérieurs de la vie de chacun ?
Je préfère l’expression tremplin que prétexte, car elle est une expression sportive. Si le sport n’était qu’un prétexte, ce serait dommage. Oui, effectivement, le sport serait un moyen pour parler de notre société. Et parler de notre société, c’est le faire au travers des gens qui y vivent. Ces personnes ont un passé, des blessures, un rapport plus ou moins conflictuel avec la société ou la manière de vivre en communauté. Le sport serait une porte d’entrée qui permet d’ouvrir une lucarne sur des intérieurs souvent tourmentés qui révèlent des choses sur notre façon d’être dans le monde actuel, notre façon d’être ensemble.

Tous les personnages délivrent des états d’angoisse provoqués par des traumatismes liés à leur passé. Est-ce que le sport apparaitrait alors comme un moyen de se défouler, de soulager un mal-être, mais qui en même temps réveille des blessures difficilement vécues et un lourd passé ?
Oui, aucun personnage n’est protagoniste d’une relation simple à son sport. Les rapports difficiles au père dans Parricides, une honte dans les vestiaires à l’époque de la jeunesse dans S’escrimer à l’aimer, un accident qui brise quelque chose dans Eaux troubles, l’interdiction et l’exil dans Dix-sept ans de mensonge. Je crois que la base de tout récit est le problème : s’il n’y a pas de problème, il n’y a pas de récit. Ici, le problème est intrinsèquement lié au sport. D’une certaine manière, le sport a permis une ouverture mais a aussi créé un problème. Le sport est une métaphore de la compétition, ainsi apparaissent des interrogations comme : que veut dire gagner ? Et à quel prix ? Dans ces textes tout est gris : les désirs et les besoins sont contradictoires. Alors, au niveau de la psychologie, il y a toujours un problème.

Une autre particularité dont il est intéressant de parler, ce sont les couvertures. Très sombres – noires – avec des dessins, parfois difficiles à déchiffrer. Quelle est la volonté derrière cet aspect mystérieux ?
La ligne graphique est la ligne habituelle de la maison d’édition BSN Press. Nous avons fait le choix de faire appel à Marie-José Imsand pour les dessins, car on désirait avoir une unité dans le trait, dans l’apparence graphique des livres. Et l’on apprécie particulièrement sa manière de travailler, car elle est dans le mouvement perceptible finalement dans le figé du dessin. Elle a une capacité à importer le mouvement et la fluidité dans la couverture et ceci était très important dans une collection qui traite du sport.

Quel est l’avenir de la collection ? Comment se profile le futur d’Uppercut et quels seront les prochains sports traités ?
C’est une question plutôt pragmatique. Au niveau des textes, on en possède quelques-uns. Maintenant, il est question de subventions, d’économie du livre, éléments qui font qu’on ne peut pas préciser actuellement la suite. Une première dynamique s’est faite en lançant les six premiers livres. En second temps, il serait intéressant pour nous d’être éventuellement reliés à des événements sportifs. L’idée est de créer un pont entre le monde de la littérature et celui du sport.
Concernant la diversité des sports traités, je rappelle que le but n’est pas de faire quelque chose d’encyclopédique qui représente tous les sports. Un même sport est susceptible de revenir. Il est important de laisser aux écrivains une totale liberté dans leur créativité.