Viceversa 16: La part sauvage / Wildwege / Per sentieri selvaggi

Dreimal Editorial, trois rédactrices, una rivista

Approfondimento del 05.07.2022 di Claudine Gaetzi, Ruth Gantert, Natalia Proserpi

La Part sauvage
Éditorial

Pourquoi est-on si ému lorsqu’on voit surgir inopinément un animal sauvage ? Presque aussitôt, il disparaît. Un bref instant, on a pu assister à quelque chose de rare. On a eu la vision d’une liberté et d’une proximité avec la nature qu’on a perdues. Peut-être a-t-on éprouvé le sentiment d’être relié à notre part sauvage, que des siècles de civilisation n’ont pas réussi à anéantir ? À moins que notre ravissement naisse de l’impression que de la vie restée à l’état sauvage se dégage une pure magie ?

« Une parenthèse s’était ouverte dans l’ordinaire des choses », écrit Marie-Hélène Lafon s’émerveillant de l’apparition de deux chevreuils dans le cadre de sa fenêtre. Elle évoque aussi le fait que la présence d’animaux sauvages dans les lieux civilisés peut subsister à l’état de signes graphiques, dans la mesure où les noms des rues gardent en mémoire la trace du monde qui a existé autrefois.

Nombreuses sont les bêtes que Tommaso Soldini aperçoit durant cet été où il a séjourné dans les Centovalli. Il associe leurs déplace- ments, qu’il ne peut prévoir, au surgissement de l’écriture : « Ce sont les moments où écrire et vivre se ressemblent, tombent comme tombe une noix rongée sur un rocher, et trouvent leur chemin comme les cerfs affamés, les loups solitaires, les souris. »

C’est autour du mystère de nos origines que réfléchit Silvia Ricci Lempen. Elle affirme que jamais on n’a vécu à l’« état naturel », que tout est construction sociale. Elle invente Alma, une de nos lointaines ancêtres, et elle admet qu’en tant que narratrice, elle peut imaginer « la vie à l’aube de l’humanité », mais pas la connaître.

Dans un récit situé à Venise, Christoph Geiser décrit des arts dont les codes le heurtent ou lui plaisent : l’art chrétien, avec ses représentations du corps humain, est « brutal et insistant », l’art oriental, avec ses oiseaux stylisés, témoigne d’un « amour de la nature », tandis que les bonsaïs trahissent une impérieuse volonté de domestication. En contrepoint, sur un vaporetto, des enfants malmènent leur nonna et un molosse tient, à l’entrée du ghetto, le rôle du Cerbère. Ainsi, dans son texte, culture et nature s’opposent autant qu’elles se reflètent.

Être « juste livréé à l’instant, dans l’spontanéité des plantes », suivre dans la forêt « des traces qui ressemblent à un poumon et d’autres à un grain de café », rêver et ne plus savoir si on est devenus l’ours ou si l’ours est devenu nous, comprendre peu à peu que « le paysage nous possède », marcher dans la nuit et entendre des « champs de maïs bien bavards », ou encore « penser en ouragans »... Les textes de Douna Loup, Rebecca Gisler, Julia Weber, Flurina Badel, Alexandre Lecoultre et Matteo Ferretti témoignent tous d’une circulation, d’une perméabilité, entre les êtres humains et ce qui les entoure, d’animé ou d’inanimé, de mouvant ou d’immobile, de lumineux ou d’obscur.

Dans les dessins de Tom Tirabosco, cette osmose avec l’environnement se traduit par des êtres hybrides dont la taille n’est pas réaliste mais obéit à une échelle symbolique. Sentiments et fantasmes définissent des ordres de grandeur, donnant une vision tantôt rassurante, tantôt inquiétante, d’un monde où la cohabitation entre les différentes espèces s’inscrit dans la perspective d’un « devenir animal » très culturel.

Avec sa traduction et son commentaire d’un article écrit par Ronit Matalon et publié dans Libération en août 2014, Rosie Pinhas-Delpuech nous renvoie aux événements qui se sont déroulés sur la place Rabin à Tel-Aviv. Rendre compte dans l’espace public de faits tels que guerres, attentats, holocaustes et assassinats par des aménagements, des inscriptions ou des monuments, ou au contraire tenter de les effacer de la mémoire, sont des choix significatifs, car, écrit-elle, « les fake news, l’oubli, la confusion ou l’ignorance de l’histoire, [sont] un des visages de l’ensauvagement ». Elle nous rappelle que le terme ensauvagementest polysémique : appliqué à des territoires, il désigne la réintroduction d’espèces animales ou végétales disparues et la volonté de ne pas en contrôler la croissance; appliqué à des comportements humains, il désigne la délinquance, l’incivilité et la barbarie.

Andreas Grosz, lorsqu’il décrit ce qui le décide à traduire un livre – par exemple un roman de Marguerite Audoux –, affirme que c’est « l’impression de ne pas le connaître encore », et surtout le fait que la lecture le transporte dans un état où il se trouve « en apesanteur, libre, habité par une sorte d’amour gratuit ». Un espace s’ouvre alors, demandant à être exploré. Rien là de sauvage, néanmoins quelque chose qui rappelle ce qu’on ressent en voyant surgir un chevreuil à l’orée d’un bois.

Anna Rusconi, qui traduit l’essai « Tekels Park » de Helen Macdonald, trouve une similitude entre le titre de la version italienne de la revue Viceversa – Per sentieri selvaggi (Par les sentiers sauvages) – et ce texte qui ne cesse de s’écarter des sentiers battus. Mais surtout, les réflexions et les recherches auxquelles cette traduction la contraint lui donnent l’impression de « tourner en rond le long de chemins aventureux qui mènent loin et dans des directions imprévisibles » et de découvrir des contrées encore inexplorées, au carrefour des langues.

Nul ne peut vivre sans laisser de traces... Empreintes de toutes sortes, sur les routes balisées, sur les sentiers sauvages, dans les lieux d’habitation, dans les musées, dans les espaces vierges, dans l’eau, dans l’air, dans l’espace interstellaire. Tout au long de ce numéro 16 de Viceversa, textes en prose, poèmes, citations, illustrations, traductions, listes de parutions et chronique des événements littéraires constituent de linéaires traces imprimées sur le papier, espérons que ces œuvres laisseront des traces réelles, bien qu’invisibles, dans nos esprits.

Claudine Gaetzi

Wildwege
Editorial

»Oh Wildnis, oh Schutz vor ihr!«, ruft Christoph Geisers Erzähler auf einem venezianischen Vaporetto angesichts zweier böser Buben, die einander gegen das Schienbein treten und ihre Großmutter auf den Kopf schlagen und die er am liebsten über Bord werfen würde. Braucht er Schutz vor dem ungesitteten Benehmen der anderen oder vielmehr vor den eigenen wilden Gedanken und Wünschen? Die Faszination für das Wilde und das Grauen, das es hervorruft, halten sich in seinem von Elfriede Jelinek entlehnten Satz die Waage. Viele Texte der diesjährigen Viceversa-Ausgabe teilen die Sehnsucht nach der Wildnis, aber auch das Entsetzen vor ihr – je nachdem, wie und wo sie sich zeigt. Ihren Garten mögen manche mit Überzeugung verwildern lassen, die eigenen Kinder eher nicht.

An seinen Besuch in der Kunststadt Venedig erinnert Christoph Geisers Erzähler sich anhand eines Notizbuchs, mitten in seinem überwucherten Stadtgarten. Tommaso Soldinis Alter Ego wiederum zieht es von der Stadt aufs Land: Über ein Internetportal mietet er eine Hütte im Centovalli, um ungestört zu schreiben. Der ironische Gegensatz zwischen Zivilisationsabhängigkeit und dem Wunsch nach einem naturnahen Leben zieht sich ebenso durch diesen Band wie die Begegnung zwischen Mensch und Tier. Den besonderen, magischen Moment einer solchen Begegnung erzählt die französische Autorin Marie-Hélène Lafon: Eine Pariserin mit Zweitwohnsitz in der Provinz folgt im Hochland den Spuren zweier Rehe im Schnee. Im tänzerischen Hin und Her zwischen Wildnis und Zivilisation eröffnet sich die Möglichkeit »akuter Zauberei«. Auch Silvia Ricci Lempen bewegt sich zwischen wilden und zivilisierten Welten, die allerdings nicht der Waldrand, sondern eine riesige Zeitspanne trennt: Sie beschreibt einen Tag im Leben des Affenmenschen Alma. Was unterscheidet die Homo-Sapiens-Autorin von ihrer Protagonistin in der afrikanischen Savanne?

»Natürlich« und »künstlich«, »wild« und »kultiviert« – was wir darunter verstehen, ist alles andere als eindeutig und vorbestimmt, dies bezeugen die unveröffentlichten Texte aus allen Sprachregionen. Flurina Badel, Matteo Ferretti, Rebecca Gisler, Alexandre Lecoultre, Douna Loup und Julia Weber verschieben auf je eigene Art die Grenzen zwischen festgefahrenen Vorstellungen und verschmelzen vermeintliche Gegensätze: Haut verwandelt sich in Fell, Geschlechterordnungen verschwimmen, Satzzeichen lösen sich aus dem Schriftbild und bevölkern die Welt, Gedanken werden zu Bildern, Gebäude zu Treibsand und Poesie zu Prosa und wieder zu Poesie, denn, so Matteo Ferretti, »das Wilde ist Verwandlung«.

»Wilde Wege« widerstehen nicht nur der Zähmung und Eingrenzung, sie führen auch in unbekannte Gebiete. Häufig tun sie das auf Umwegen, im Wildwuchs der Assoziationen und Digressionen. Manche der hier beschriebenen, beschrittenen Pfade führen in den Text und andere aus dem Text heraus – viele Wege führen von einem Text zum anderen. Wer wüsste dies besser als die Übersetzerinnen und Übersetzer? Andreas Grosz, Rosie Pinhas-Delpuech und Anna Rusconi übertragen unterschiedliche Texte ihrer Wahl aus dem Französischen, dem Hebräischen und Englischen. Andreas Grosz zeichnet im fulminanten Anfang von Marguerite Audoux’ Roman De la ville au moulin eine Familie, die wegen überbordender oder fehlender Gefühle zu zerbrechen droht. Rosie Pinhas-Delpuech präsentiert Ronit Matalons humorvollen Artikel über den Rabin-Platz in Tel Aviv und beleuchtet einen brandaktuellen Aspekt der »Verwilderung«. Dabei erklärt sie auch, weshalb sie niemals einen Text zum zweiten Mal übersetzen würde – und weshalb sie es in diesem Fall dennoch tut. Anna Rusconi schließlich entdeckt die Kühnheit in Helen MacDonalds Essay »Tekels Park« und bemerkt dabei, wie oft die Übersetzerin »ergebnislos auf abenteuerlichen Wegen wandelt«. Gemeinsam zeigen alle drei, dass es beim Übersetzen nicht einen richtigen Weg gibt und dass die kür- zeste Strecke manchmal über die größten Umwege führt.

In einem Hin und Her zwischen den Kulturen bewegen sich mehrere Autorinnen des diesjährigen Viceversa, zwei davon schreiben regelmäßig in zwei Sprachen: Silvia Ricci Lempen hat ihren Beitrag parallel auf Französisch und Italienisch verfasst, Rebecca Gisler den ihren auf Französisch und Deutsch. Und wie wäre Douna Loups neue und wilde Sprache zu bezeichnen? Sie verlangt ihren Übersetzern besondere Lösungen ab – in den Worten der Autorin: »Je m’exile sauvage.«

Ein Dialog entspannt sich nicht nur zwischen den Sprachen und Tex- ten, sondern auch zwischen Text und Bild: Marino Neri antwortet auf Matteo Ferretti, und Tom Tiraboscos Zeichnungen im ganzen Band geben der bedrohten Natur ihre wilde Kraft zurück. Die Tier- und Pflanzenwelt des Genfer Künstlers bemächtigt sich der Menschen und scheint sie sich langsam einzuverleiben. Yvonne Böhlers Fotografien hingegen zeigen die porträtierten Autorinnen und Autoren in einem sicheren, selbst gewählten Raum.

Viceversa 16 heißt in der französischen Ausgabe »La part sauvage«, auf Italienisch »Per sentieri selvaggi«. Auf verschlungenen, überwucherten oder verborgenen Wegen entdecken wir wilde Anteile in anderen, aber auch in uns selbst. So stieß ich kürzlich im Wald hinter Morges auf ein eigenartiges Objekt. Jemand hatte es an einen Baumstamm gehängt. Offenbar handelt es sich um einen im französischen Sprachraum bekannten Scherzartikel: Es ist ein Holzbrett mit einem aufgenagelten Tierfell. Über der Nagelleiste stehen die Worte: »La bête est sous la peau«. Wer das Fell anhebt, blickt in einen darunter verborgenen Spiegel. Vielleicht geht es Ihnen ähnlich beim Wenden der Seiten unseres »wilden« Viceversa?

Ruth Gantert

Per sentieri selvaggi
Editoriale

È come in un «flagrante delitto di magia vivente» che la protagonista del racconto di Marie-Hélène Lafon si sente colta mentre torna sui passi del capriolo avvistato poco prima, in un momento di sospensione che viene descritto con incanto, quasi le avesse permesso di fermarsi per un istante e sfuggire all’«ordinarietà delle cose».

È dunque come un dono fugace che oggi percepiamo natura e spazio selvaggio, come una momentanea «parentesi» da aprire e richiudere prima di tornare alla nostra vita cittadina? Siamo allora destinati a fermarci «al limitare del terreno selvaggio» oppure è ancora possibile entrare nel «folto» della foresta e immergerci nella natura? Nella sua baita delle Centovalli, circondato da cervi, lupi e cinghiali, il protagonista del racconto di Tommaso Soldini sembra essersi adattato a una vita solitaria nei boschi. Ma cosa nasconde il suo timore di rimanere senza connessione internet? Il fascino dei mondi che si aprono «tra pascoli e conifere» e «negli incanti della montagna» lascia presto emergere la complessità di un rapporto con il selvaggio che ha perso la sua immediatezza. Se la «magia» suscitata dall’avvistamento degli animali ricorda per alcuni aspetti la gioia dell’incontro descritta da Lafon, l’inquietudine del protagonista invita a riflettere con occhio meno incantato sulla nostra relazione con la realtà in parte estranea che si estende oltre le case e i confini urbani.

È forse proprio a partire dal sentimento di una perdita che prende forma l’idea di una fusione con la natura rappresentata in diversi racconti. Dialogando con le illustrazioni di Tom Tirabosco e i suoi esseri all’incrocio tra uomini, animali e piante, i testi inediti di Douna Loup e Julia Weber danno spazio a un’unione fisica tra uomo e animale. Osservazione incantata, stretta, fusione armonica o metamorfosi. Se l’abbraccio e il contatto fisico testimoniano in un caso del desiderio di abbattere confini e gerarchie, esprimono nell’altro qualcosa di decisamente inquietante che apre numerosi interrogativi.

Molti animali hanno percorso queste pagine lasciandovi impresse le loro orme. Con la sua polisemia, il concetto di selvaggio ha portato gli autori a esplorare sentieri diversi, talvolta paralleli, talvolta distanti; mai uguali, anche se spesso destinati a incrociarsi. Partire alla scoperta del selvaggio significa anche interrogarsi sull’impatto dell’uomo sugli ecosistemi e gli equilibri della terra. Il ritorno alla natura ci rende consapevoli della nostra azione distruttrice, proprio quando, meravigliandoci alla vista di un’orma, scopriamo le nostre tracce in luoghi reconditi. È ciò che succede nell’inedito di Rebecca Gisler quando, al limitare di una foresta, le due protagoniste scorgono sul terreno un lungo «solco» di «bottigliette di plastica». Dopo decenni di sfruttamento e indifferenza, una riappacificazione con la natura diventa sempre più problematica. Se nel testo della scrittrice svizzero-tedesca le protagoniste paiono potersi adattare all’ambiente circostante, il finale enigmatico dai toni un po’ surreali stravolge la narrazione e propone una fusione che non ha nulla di rassicurante.

Cos’altro evoca l’idea di natura e come è stata rappresentata nel corso dei secoli? Come si relaziona ai concetti di cultura, artificio e società e come convivono queste polarità? Attraverso un racconto inedito che gioca con la «divagazione», Christoph Geiser riflette sulle rappresentazioni artistiche della natura ponendole in contrasto con il realismo dell’arte cristiana. Partendo sulle tracce di Alma, Silvia Ricci Lempen si interroga invece sulle origini della nostra specie, sulla questione dell’evoluzione e su come la costruzione sociale abbia da sempre plasmato la vita in natura.

Presente da millenni nella letteratura, la natura continua a ispirare e a far riflettere gli scrittori di oggi, portandoli a esplorare territori ancora ignoti. Che si tratti di seguire i personaggi sulle tracce di animali o di lontani antenati, di lasciarsi sorprendere dagli sviluppi selvaggi della lingua o dalle molteplici direzioni suggerite da un testo, o ancora di ripercorrere – come suggerisce di fare Anna Rusconi – i sentieri «imprevedibili» compiuti dai traduttori alla ricerca della parola esatta, questo numero di «Viceversa» invita a scoprire i diversi modi in cui gli autori hanno vissuto il loro ritorno alla natura.

Adesso tocca a voi. Incamminatevi lungo i sentieri selvaggi che i nostri autori hanno tracciato e lasciatevi sorprendere dall’incontro ravvicinato con un cervo o dalla vista di un essere metà uomo e metà lupo. Mettete da parte bussole e cartine e vagate liberamente tra le pagine, ma soprattutto uscite dai percorsi già segnati e percorrete le sezioni alla ricerca di nuovi volti da assegnare al selvaggio.

Natalia Proserpi