Figura para abolirse / Figure pour s'abolir
Suivi de La fiesta de los locos / La Fête des fous

"Au bout du compte, notre histoire a été racontée, plutôt que par la pointe du crayon, par le côté de la gomme, par le bout effaceur.

On suit la trace de la summa poétique d'Américo Ferrari et, comme dans l'un de ses livres, nous sommes en présence d'un Miroir de l'absence et de la présence. Des clairs-obscurs. Des nœuds et des nus. Des futurs s'en allant. La recherche d'un rythme intérieur et peut-être antérieur à la parole, ce rythme qui a lieu aux bords du langage. La poésie en tant que mise entre guillemets de la réalité: des rafales de lumière et des présences dont la conscience ignore de quel territoire de la réalité ou du miroir elles reviennent, si du fond de l'air plongé en lui-même ou de l'arrière-monde qui se faufile à travers quelque fissure du temps."

Juan Manuel Roca

Rassegna stampa

La nef des fous
Né à Lima en 1929, poète, traducteur, Américo Ferrari a enseigné à l'Université de Genève. Son œuvre poétique, connue en Amérique latine et en Espagne, est accessible au lecteur francophone grâce à la traduction des proses poétiques Figure pour s'abolir (1985) et La fête des fous (1991), un choix judicieux puisque ces deux recueils ont une même tonalité. Sorte de contes métaphysiques absurdes et cyniques, mais émouvants, ils invitent le lecteur non pas à contempler des fantômes et des fous (leur "vie", leurs "habitudes invétérées" et leur "mort") mais à réaliser qu'il en est peut-être un lui-même. Vivants et morts se regardent symétriquement, indissociables. Déambulant dans une ville mirage traversée par d'autres mirages, sans mémoire, sans temporalité, aveugles, "vivant" dans l'immédiateté, les "êtres" dépeints par Ferrari se vident de l'intérieur, expulsent leur âme avec des médicaments, s'entredévorent, se perdent, tentent de sauver les apparences: "du rien, il y en a de plus en plus", "il pousse en dedans, de sorte que personne ne le voit". Si on ne peut enfermer ces textes dans une interprétation unilatérale, il est séduisant d'y lire une métaphore de nos velléités, de notre agitation pour amasser de l'argent, oublier nos douleurs, ou plus simplement un témoignage de notre fragilité. Outre son grand talent, Ferrari offre un coup de fouet salvateur: nous sommes peu de chose, autant s'en rappeler et en rire. (Julien Burri, 24 heures)

In un mondo molle e infingardo
Ci invita al sogno, ad un passo di danza onirico il poeta peruviano Américo Ferrari, finalmente tradotto in francese. Sembra quasi di entrare nella Flatlandia di Abbott, o di partire per l'isola strana in cui Bioy Casares aveva allogato L'invenzione di Morel, la macchina che reitera incessantemente una giornata ormai persa nel passato, fino a dissugare la realtà nella sua riproduzione. Il tono è sì, borghesiano, latinoamericano, e il lettore italiano si stupirà un po' di un libro di poesia fatto di piccole prose soffuse: Ferrari ci invita col sorriso sulle labbra – ma è un sorrisetto ironico raggelato – a visitare una città in cui gli abitanti – "definitivi" e vuoti – vagano in un'aria così pura da diventare estaticamente appiciccaticcia: un luogo in cui la personalità è abolita e in cui buffamente dal macellaio si pronunciano frasi del tipo "La volontà è di salsiccie un chilo". Ma in questo mondo molle e infingardo il tempo è diventato fango, i morti non scompaiono ma pullulano, addirittura ingigantiscono, come certe figure dell'angoscia ioneschiana. La pregnanza di queste micro-storie, di queste prose poetiche solo apparentemente smaliziate è data però dal fatto che Ferrari rifiuta l'esplicita metafora: in questa città in cui la "malinconia del tempo s'appiccica ai denti come una cicca" in cui gli apatici abitatori di tanta sospensione "accumulano la carenza con estrema avidità", ci si muove come in un paesaggio lunare, una maremma che cancella i nostri passi dietro le spalle. E si resta straniti, come lettori, perché qualcosa si riconosce e s'intuisce, mentre il poeta evita a tutti i costi il moralismo troppo schietto. E' come invischiarsi in certe paludi metamorfiche di Giorgio Manganelli. Nella seconda silloge del volumetto blu, allora, altre prose sprovviste di tempo e spazio (per quanto errabondi fossero tempo e spazio anche nella prima parte del volume) tentano qualcosa come una baluginante metafisica dell'angoscia contemporanea: "La musica mutilata galleggia sull'acqua. Una confusa distruzione colma gli interstizi, chiude gli sbocchi dell'occhio. Il barbaglio e l'imminenza si sciolgono nell'aria malsana. Tutto è fatto secco e consumazione". (Pierre Lepori, Rete2-RSI)