Montbovon

«Miette avait vu les choses en grand pour notre ultime repas en tête-à-tête, elle avait cuisiné du lapin, mon plat préféré. Le matin, pour aller à la messe à Montbovon, nous nous étions mis sur notre 31. Miette dans un tailleur clair, elle n’aimait pas le foncé. Moi dans ma tenue de fantassin polonais, le ceinturon bien serré à la taille. Je touchais mon dernier jour de solde. Celle-ci avait doublé depuis 1941, passant à 3 francs. La date du départ était fixée au lendemain, elle mettrait un terme à cinq années et demie d’internement en Suisse. Tout arrive mais ce que j’appelais de mes voeux les plus chers en 1940 me serrait le coeur aujourd’hui.»

(Christian Campiche, Montbovon, quatrième de couverture, éditions de l'Aire)

Nota critica

Montbovon, premier roman du journaliste et essayiste Christian Campiche, est une lettre à l'ami défunt, Grosz, un Polonais qui a fui son pays durant la Seconde Guerre mondiale avec le narrateur, Régent. À sa mort sous les balles, le narrateur lui jure de retourner en Pologne pour y publier son poème, Ulysse, dont des extraits émaillent le récit. Mais la promesse est dure à tenir. Les rescapés polonais sont internés dans des camps près de Bienne puis de Château-d'Oex. Là, Régent doit espionner les responsables des banques nationales suisse, allemande, britannique etc., soudés autour d'un même objectif: acheminer leur or ici, en lieu sûr. C'est dans ce contexte que Régent rencontre Miette, une villageoise dont il tombe amoureux. À la fin de la guerre, il rentre en Pologne la mort dans l'âme pour honorer sa promesse avant de retourner en Suisse.
Si ce roman contient de nombreuses attentes, dont celle de pénétrer dans les camps de soldats étrangers en Suisse, contexte bien peu traité en fiction, ou encore celle de nous introduire dans le château de Rougemont, près du Réduit National et haut lieu du cynisme de la politique mondiale, l'auteur semble avoir plus de goût pour les digressions pittoresques et les settings historiques. Dans un style mi-ampoulé mi-journalistique, il interpelle son ami défunt qui semble ricaner tandis que le lecteur reste sur sa faim. (Marianne Brun)