Si vivre est tel

Rassegna stampa

On ne présente plus Monique Laederach: auteur d'une œuvre exigeante, partagée entre le roman (aux thèmes résolument sociaux, comme Les Noces de Cana) et la poésie, d'ambition plus introspective, cet écrivain rare nous donne aujourd'hui Si vivre est tel, un recueil de poèmes qui paraît en même temps en Suisse et au Canada.

Peu de textes, aujourd'hui, explorent avec une telle lucidité la nuit des origines: non seulement les premiers temps de la vie, I'enfance et son cortège de souvenirs brouillés, mais aussi l'outre-enfance: ce qui précède la naissance elle-même. Le silence et l'attente. «Le moule ses rondeurs et ses aspérités. Le nom. La qualité.» Tout ce qui conditionne, entoure, prépare et déjà emprisonne l'existence à venir.

Dans sa première partie, Si vivre est tel explore ce territoire silencieux où bourdonnent, pourtant, beaucoup de voix absentes, abandonnées, et qui parviennent avec douleur à la parole. Ces voix de femmes qui supplient, ces cris trop longtemps contenus, ces voix qui disent la blessure et le sang, les corps meurtris, «parturitions déchirements, haine des filles qui ne sont que pareilles». Mais cette exploration, loin d'être un simple état des lieux d'une enfance sans parole, devient au fil des pages une révolte active, et la prise de conscience d'un combat sans relâche. Si la blessure devient parole, la poésie, ici, se fait combat vital: un combat pour la vie, d'abord, où se joue la vie même de l'écrivain, mais aussi un combat contre « I'étranglement d'un verbe que nous avons fait chair à contre-nous. »

(Jean-Michel Olivier, Scenes Magazine)