Nouvelles égyptiennes et histoires d'ailleurs

Bernadette Richard - Amours brûlées

di Jean-Michel Olivier
Inserito il 11.04.2016

Dans un recueil au titre à la fois transparent et secret, Nouvelles égyptiennes, Bernadette Richard nous donne douze textes écrits entre 1988 et 1997 tantôt au Caire, tantôt en Italie presque toujours à l'étranger. Ce n'est pas hasard, bien sûr, pour qui connaît cette femme remarquable qui partage sa vie entre la Suisse où elle est journaliste (à L'Hebdo et Quotidien jurassien) et l'Italie, le Canada ou l’Egypte (où elle écrit romans, nouvelles et pièces de théâtre).

Si l'Égypte est présente (et de quelle manière !) dans ces nouvelles, tant par ses habitants, sa musique, ses parfums, ses paysages hallucinés, elle n'est qu'un des lieux qu'arpente Bernadette Richard: lieu de l'amour et de la disparition, de la mémoire et de l'oubli.

Chacune de ces nouvelles - dans une langue très précise, très directe : elle aussi calcinée - met en scène une brûlure, vécue dans la fournaise du désert ou dans l'indifférence des villes, dans un village jurassien ou à Paris. Cette douleur nomade, qui pourrait conférer au recueil un caractère de dispersion, lui donne une très grande unité, à la fois par ses thèmes, qui se recoupent sans cesse (les amours furtives, l'exil, la hantise de la mort, les animaux tutélaires), par ses personnages, la plupart esquissés, seulement, comme en ombre chinoise, mais d'une présence inoubliable.

Qu'elle évoque le corps d'un ancien amant, le visage d'une prostituée du Caire «précédée par la fumée d'une cigarette au goût de cannelle», le chat Pompon ou les amours, exotiques et déjà morte, nées sous le signe du chien du Nil, Bernadette Richard conjugue avec beaucoup de talent les thèmes graves et l'ironie salvatrice. En peu mots, ses Nouvelles égyptiennes touchent au cœur même de l'écriture (c'est-à-dire l'émotion) : dans cette zone obscure et périlleuse où peu d'écrivains, aujourd'hui, osent porter leur plume. Il faut les lire de toute urgence.