Mission ou démission de la Suisse

Nota critica

Mission ou Démission de la Suisse (1940)

Recueil de conférences et d’essais, publiés entre 1937 et 1940, et rassemblés autour de trois ordres de préoccupation: la défense du protestantisme ou des valeurs chrétiennes de la personne; la sauvegarde des valeurs fondatrices de la «culture helvétique», valeurs indissociables de la culture européenne; enfin la protection du système politique fédéraliste et le rappel de la mission (ou la vocation) spéciale de la Suisse dans une Europe en armes et dans la reconstruction du Vieux Continent. Dans la bataille millénaire de la culture, la crise de la civilisation occidentale se caractérise par «l’angoissante impuissance de l’esprit», la négation «d’un grand principe d’unité entre [la] pensée et [l’]action», thème repris de Penser avec les mains (1936) et la perte d’une «commune mesure humaine». L’auteur, engagé dans une critique ouverte des idéologies fascistes, rappelle l’urgence de bâtir à nouveau une société «à hauteur d’homme», et invite le peuple suisse à résister devant la mainmise des blocs totalitaires sur l’Europe. Il s’agit pour l’auteur d’attaquer de front toutes les politiques qui mépriseraient ouvertement la personne humaine. La mission de la Suisse, personnaliste au premier chef, consiste à préparer les hommes à agir dans le sens des valeurs chrétiennes et à diriger spirituellement, selon leur vocation personnelle, leurs actions. Or, seule une structure fédéraliste permet à chaque homme d’exercer cette vocation particulière au sein de la cité, d’assurer le maintien de la paix, le respect des personnes et des communautés, et l’avenir de l’Europe. Entre un individualisme anarchique, effréné et atomisant, et le collectivisme unificateur et tyrannique, le fédéralisme offre une issue créatrice, place pour une doctrine fédéraliste qui, transposée sur le plan politique, est la seule réponse possible à l’homme La mision de la Suisse est de défendre une conception fédéraliste de la société, source d’une collaboration féconde entre les peuples européens, autant que sa raison d’être, qui est spirituelle seule solution capable de fonder la paix dans une Europe déchirée par les nationalismes fédéralisme, traduction politique de la doctrine calvinienne de l’Église et des vocations personnelles est aussi la seule réponse possible à la montée en puissance des systèmes et des mythes totalitaires. La Suisse, plus que tout autre pays européen, est la gardienne d’un principe fédératif éprouvé par une pratique séculaire. L’auteur n’entretient pas une image réconfortante de la Suisse, ni ne considère la neutralité comme un privilège, ni ne brise les fondements politiques ou institutionnels du pays. Il dénonce les pires défauts de la démocratie suisse et un certain orgueil national, mais appelle aussitôt les consciences à risquer un avenir «à hauteur d’homme», à hauteur de son destin européen. (Bruno Ackermann)