Jusqu'à la transparence

"La première fois que j’ai lu Jusqu’à la transparence, je me suis immédiatement souvenue d’une définition de James Sacré, si juste, de l’écriture: "quelque chose déchiffre obscurément son cheminement, s’égare et s’oublie (en tous les sens labyrinthiques de ce mot), perd mémoire et s’éboule en pierres aveugles et transparences dans l’avenir comme un jeu de miroirs brisés [...]". Chaque fois que j’y reviens, il m’apparaît que Julien Burri assemble des pierres pour un barrage provisoire qui ne retiendra rien; il invente du temps pour les yeux et les bras fatigués. Il ralentit l’eau qui va, mais sans la geler définitivement ni la faire s’évaporer par trop d’ardeur. C’est comme si un soleil différent, d’une incomparable fragilité et qui aurait abdiqué sa toute-puissance, caressait les pages avec une prudente ferveur."

Extrait de la préface de Françoise Delorme

Rassegna stampa

Un carré noir sur fond blanc. Une toile abstraite. Voilà ce que Julien Burri, dans la note liminaire qui conclut son troisième recueil, avoue avoir tenté de réaliser au moyen des mots, s'employant à dire " l'impuissance à appréhender le monde". Projet paradoxal qui, pour avoir été tenté par quelques-uns avant lui, ne va pas de soi pour autant. Patient, tenace, le jeune poète lausannois construit une parole cohérente, cherchant son équilibre entre une volonté d'abstraction et le pouvoir d'évocation et d'émotion du langage. "Essaye encore, même découragé/Même si ne restent que fragments…" Dans les meilleurs poèmes, le corps disloqué, anxieusement rassemblé, transparaît à travers des motifs d'échos et de reflets: l'eau, la vitre, la neige. L'évanescence, l'oubli, l'angoisse de ce qui fuit, se dérobe et s'évapore sans trace miroite alors dans la transparence d'une parole brève et lapidaire. [...] (Marion Graf, Le Temps, 01.05.2004)

Chouette, les poètes romands deviennent exhibitionnistes! Pour son troisième recueil de poésie, Jusqu'à la transparence, Julien Burri, 24 ans, a insisté pour poser nu sur la couverture. Pas mal, le poète. Quand à la poésie, elle tient ses promesses, juste, fervente, habitée. (Isabelle Falconnier, L’Hebdo, 01.05.2004)