La Patience du serpent

Christelle et Greg ont choisi la vie nomade. Ils ont la trentaine et sillonnent le monde en minibus avec leurs deux petits garçons. Amateurs de surf, ils s’installent là où se trouvent les meilleurs spots, vivent de petits boulots et d’amitiés éphémères. Le vent les mène jusqu’à San Tiburcio, sur la côte mexicaine, Greg s’y sent vivant lorsqu’il danse sur la crête des vagues. Mais il faut s’habituer au soleil implacable, au grondement de l’océan, aux pluies diluviennes des tropiques. Un jour, Ana Maria, une jeune femme du village, fait irruption dans leur existence. Elle entraîne Christelle dans une relation vertigineuse qui va bouleverser la famille.

Dans une langue sensuelle et luxuriante, Anne Brécart décrit le quotidien de ces voyageurs à la recherche d’une autre vie.

(Editions Zoé)

Recensione

di Giulietta Mottini
Inserito il 29.11.2021

Née en 1960, Anne Brécart – écrivaine, enseignante et traductrice littéraire – a passé son enfance et son adolescence à Zurich puis a suivi des études de lettres allemandes en Suisse romande. Elle est l’autrice de sept romans, tous publiés chez Zoé, dont le dernier est La Patience du serpent.

Christelle et Greg, tous deux originaires de Genève, rêvent d’une vie différente de celle de leurs parents. Avec leurs deux enfants en bas âge, Luca et Dan, ils sillonnent le monde dans leur minibus en quête d’aventures et d’un lieu où ils pourraient vivre de façon plus libre et légère. Ils s’arrêtent un jour sur la côte mexicaine, dans un petit village nommé San Tiburcio que leur recommande un pompiste rencontré sur la route.

Au plus profond d’elle, elle veut sentir qu’elle a trouvé le pays, l’endroit qu’elle cherche depuis près d’une année.

Dans ce village, ils ne sont pas les seuls Européens à s’être installés et rapidement ils forment une communauté de « néo-babas », s’adonnant à un style de vie qui mélange plage, surf, enfants, fêtes et spiritualité. Greg et Christelle vivent chichement, grâce à leurs économies, l’exercice d’une activité professionnelle se situant en dehors de leur idéal de vie.

Un matin, dans leur jardin, Christelle découvre une femme adossée contre un arbre, les bras croisés devant la poitrine. C’est Ana Maria Engel Cristobal, la fille de l’une des familles les plus riches du village. Sa présence intrigue Christelle. Cette femme l’irrite autant qu’elle l’attire. Depuis cette rencontre, Christelle ne sera plus tout à fait la même. S’ouvrira en elle un espace de liberté en dehors de celui de sa famille, tout comme la sensation de ne plus pouvoir entièrement s’y aligner. Plus tard, elle rencontrera le frère de l’étrange inconnue, German, un graphologue mystérieux qui rêve de retrouver l’Europe que ses grands-parents ont fui avant de s’exiler pour le Mexique. Se noue alors une étonnante relation entre German et Christelle, laquelle lui rappelle sa grand-mère Carlotta. C’est un jeu de rôles, une connexion qui dépasse un espace-temps circonscrit – l’un de aspects les plus intéressants et réussis de ce roman qui débute et termine autour de la présence de German. Une boucle stylistique réussie et qui rappelle également le cycle de la vie, des saisons, la nature.

Le roman accorde une place centrale au mystère et aux évènements que l’on pourrait qualifier de surnaturels ou simplement découlant d’une croyance aux esprits et aux éléments de la nature. C’est ainsi que Greg et Christelle se rendent régulièrement à des cérémonies de Tezmacal où l’on se retrouve, assis l’un à côté de l’autre, dans une hutte de sudation afin d’entrer en contact avec les esprits appelés par un chaman.

Assez vite pourtant, cette vie authentique – comme la définissent les personnages – ne les satisferont plus. Christelle sera sujette à de fortes angoisses, tout comme Greg qui une fois la nuit tombée se voit attaqué par des serpents face auxquels il demeure impuissant. La solitude pointera aussi le bout de son nez et l’idylle tournera au mauvais rêve.

Elle a quitté la Suisse, ses rues propres et raisonnables, sa vie à angles droits, sa froideur pour trouver une vie plus ample et plus chaleureuse. Elle doit se l’avouer, c’est un échec.

On retiendra la quête tumultueuse des personnages pour un mode de vie plus en adéquation avec eux-mêmes. Des questions fondamentales et qui se situent au cœur de la société occidentale actuelle. Le style d’écriture, ample et généreux, parvient à transmettre chaleur et douceur. On regrettera que l’autrice, peut-être par crainte de perdre ses lecteur.ice.s, leur fournisse parfois l’explication des images créées ou se répète en parlant du ressenti et des réflexions de ses personnages. De temps à autre, on a également de la difficulté à cerner qui de l’autrice ou de la narratrice omnisciente parle, notamment parce qu’il nous semble percevoir une forme de surplomb ou de jugement des personnages, par exemple lorsque nous sont décrites leur philosophie de vie ou leur façon de maintenir la réalité à distance plutôt que de s’y confronter.

Finalement, grâce à des descriptions précises et sensorielles, la nature nous est rendue dans ses dimensions tant olfactive, visuelle que sonore. En effet, on voit, sent ou entend les vagues, les animaux, la forêt, le vent et la pluie ce qui nous permet de voyager à travers des paysages qui, bien que d’abord étrangers, nous deviennent familiers au sortir de la lecture.