Du Ciel au ventre
Roman

«Je sais bien que je ne peux pas me prostituer à Fribourg. Je sais bien que je ne me prostituerai pas, parce que je suis lâche et conformiste... Je suis fille de la raison, et mon ennui me transperce jusqu'à en vomir.» Ainsi parle cette héroïne de la désolation moderne avant de se lancer dans la débauche préméditée et «philosophique». Sur le mode de la cavale érotique avortée de deux provinciales à Paris, un premier roman vrai, déchirant et juste. Prix Pro Helvetia de la Première oeuvre.

(L'Âge d'Homme)

Entretien avec Isabelle Flükiger

di Jean-Michel Olivier
Inserito il 14.09.2012

La rage au cœur

Retenez bien ce nom : Isabelle Flükiger. Dans le paysage parfois convenu de la littérature romande, son premier livre, Du ciel au ventre, apporte un souffle résolument neuf et libre. À travers les mésaventures de deux amies fribourgeoises qui décident de monter à Paris pour s'encanailler, et chercher ailleurs les émotions que la Suisse leur refuse, on peut lire un hymne à la liberté sexuelle, jamais vécue comme un fardeau, mais plutôt sur le mode de l'expérience jubilatoire. Interview.

Depuis quand écrivez-vous ?

Le premier texte dont je me souvienne est un conte de noël écrit à l'école primaire. Mais c'est plus tard, au collège, que j'ai véritablement commencé à écrire : des poèmes, des nouvelles.…

Comment est née l'idée du livre ?

J'ai rêvé d'une copine qui me courait après au bord d'une piscine, sur une avenue juste en dessous de chez moi, et me reprochait de ne pas vivre «à cent à l'heure».

Est-ce un récit autobiographique ?

Pour moi, écrire un récit, c'est suivre un personnage qui vit des péripéties. Mais il n'y a aucune dimension autobiographique. C'est plutôt une manière d'exorciser l'idée de débauche ou d'encanaillement.

Qu'est-ce que votre héroïne va chercher à Paris ?

Mon héroïne s'emmerde. Elle vit à Fribourg qui est une ville par définition emmerdante ! Elle rêve de Paris comme d'une ville anonyme où elle pourra faire ce qu'elle veut, loin des regards qui la connaissent. Là-bas, elle pourra être absolument libre.

D'où vient cet ennui ?

C'est lié à sa vie et à la ville où elle vit. C'est un personnage plutôt passif qui subit ce qui lui arrive. Elle est obligée d'aller chercher ailleurs les aventures et les émotions.

Ce qu'il y a d'intéressant dans votre récit, c'est que votre héroïne «libérée» par ses expériences parisiennes revient finalement à Fribourg. Pourquoi ?

Parce qu'elle est obligée de revenir. Elle habite à Fribourg, elle gagne sa vie à Fribourg, elle a son copain à Fribourg. Dans son esprit, Paris reste une sorte de parenthèse. Peut-être aussi qu'elle revient vers ce qui, à la base, la motive : l'idée de révolte. Il faut toujours revenir vers ce qui nous empêche d'exister.

La morale de l'histoire, c'est qu'on n'échappe pas à son ennui…

Oui. C'est une femme toujours partagée entre des sentiments contradictoires, ballottée, déchirée. Ce qu'elle trouve en fuyant à Paris, loin de la réconcilier avec elle-même, la partage davantage.