L'Ambassade du papillon
Carnets 1993-1999

J'ai commencé de tenir ses carnets vers l'âge de 16 ans, d'abord très irrégulièrement, sous la forme de notes où voisinaient des citations d'auteurs et de bonnes résolutions jamais tenues; puis comme un journal de bord ou comme un répertoire d'aphorismes et de remarques intimes, mais il ne m’en reste à peu près rien. Dès 1973, en revanche, j’entrepris de remplir des carnets plus suivis, de même format est de même aspect, avec leur couverture de moleskine noire et leur tranche rouge, qui se sont accumulés au gré d'un travail quotidien.

Ces carnets m’ont aidé d'une certaine manière, je dois bien le reconnaître, à ne pas mourir. J'entends par là qu'ils m'ont aidé à rester éveillé. Durant de longues périodes, sans parler de mon travail alimentaire, rien de ce que j'écrivais ne me satisfaisait et je détruisais donc tout au fur et à mesure, à l'exception de ses traces quotidiennes.

La vocation première de ces carnets étaient peut-être d'exprimer le trouble où les difficultés liés à certaine complexion psychologique et aux aléas de l'existence. Avec les années, la part du ressassement introspectif s’est estompées, au profit de la vie et de ses faits. Des milliers de pages écrites en plus de vingt ans, j'ai choisi de ne retenir que la substance de ces sept dernières années, partant d'une amitié brisée pour aboutir à de nouvelles alliances. Dans un livre que j'aimerais un lieu de partage, où chacun puisse trouver un peu de substance et d'énergie, mon premier souci a été d’éluder un magma trop personnel sans renoncer pour autant à la masse de petits riens que brasse la vie.

Rassegna stampa

Carnets de bord
[...] Connu pour ses récits, ses chroniques au 24 heures, son Passe-Muraille, Jean-Louis Kuffer vient de publier de larges extraits des carnets qu'il a tenus de 1993 à 1999, intitulés L'Ambassade du Papillon. À 53 ans, l'auteur a donc décidé d'assumer ce risque: laisser lire des pages choisies (un travail d'autocensure a tout de même eu lieu) parmi celles où le passé est encore le présent, où l'écho de certains événements se fait encore entendre, où certaines blessures affectives ont à peine cicatrisé.
[...] Jean-Louis Kuffer écrit des carnets depuis trente ans. S'il n'a souhaité publier que ceux des sept dernières années, c'est parce qu'il ne se reconnaît plus dans les premiers carnets et parce que les derniers présentent une réelle unité selon un rythme d'amitiés dénouées et nouées, que des événements graves ont scandé... (Patrick Amstutz, Le Journal, 11.10.2000)