Fleurs d'ombre [Fiori d'ombra]

«Le vieux cheminait en compagnie de ses souvenirs, fasciné par la lune qui fait travailler la mémoire.» Dans ce recueil de brèves nouvelles, le poète tessinois met au service de sa vision fraternelle une prose directe - faite de touches rapides, de pensées à peine suggérées, de dialogues intérieurs interrompus - qui évoque marginaux ou personnages en fins de vie, anciens idéalistes contestataires, vieilles maquillées avec excès, ouvriers à la retraite. L'existence les a souvent déçus sans qu'ils sachent vraiment pourquoi et les laissent tels des «boxeurs groggy». Parfois, ce sont des jeunes qui confient à l'avenir la réalisation de leur espoir : faire la révolution, devenir esthéticienne et épouser un homme aimant, partir à l'étranger. Qu'ils aient vécu leur vie par procuration, ou qu'ils placent leurs désirs dans un hypothétique devenir, ils tâchent d'échapper au présent. Comme la lumière qui passe au travers des branchages et projette sur les murs des fleurs d'ombre, ces personnages modestes préfèrent leurs souvenirs idéalisés ou leurs rêves à la réalité tranchante.

Rassegna stampa

«Cette galerie de portraits fraternels, où s'entrecroisent tant d'histoires d'amours souvent inachevées, ressuscite les désirs et la vie des "gens de peu" aux côtés desquels se range l'écrivain. Mais pas le misérabilisme ici, plutôt une perception des choses qui donne à la réalité une couleur et une tonalité affectives, en empruntant à la poésie quelques-uns de ses procédés : images, rythmes et répétitions. Si bien que le lecteur de Fleurs d'ombre s'identifie sans peine à cet homme "en veine de réflexions" qui rêve de renaître comme une feuille au printemps» (Isabelle Martin,_Le Temps, _12.05.01).