Chroniques du nord-est

Sur des tesson de poterie (ces ostraca d'où nous est venu le mot «ostracisme»), les anciens Grecs inscrivaient le nom des citoyens suspects qu'ils voulaient bannir. Sur d'autres, ils dessinaient des signes et des figures.
C'est à partir de semblables fragments de terre cuite, réels, tangibles, posés à portée de main ou de regard, qu'Anne Bregani poursuit son exploration du thème des frontières, des territoires et des passages, des migrations, des ruptures, des départs et des retrouvailles.
Et voici que peu à peu les ostraca se changent en poèmes, voilà qu'éclats, «briques» et débris débrident notre coeur et dessillent nos yeux. Le passé devient présent et le lointain tout proche:

«Ce n'est plus/l'invasion de la blessure/mais sa guérison. »

Rassegna stampa

[...] Elle vient de publier ses Chroniques du nord-est chez Samizdat. Elle y explore les frontières et leurs différentes formes. Elles sont par nature ambivalentes. Limites dans l'espace et dans le temps, les frontières sont aussi sources de richesses, d'échanges. Mouvantes, elles atteignent ce point de non-retour, ce lent glissement vers l'irrémédiable qui donne le vertige. Franchies, elles offrent ce parfum de liberté qui monte au sens. L'humain peut alors, comme l'écrit Anne Bregani, «Sortir dans le vent/ Libre de toute bannière». (Jean-Noël Cuénod, Tribune de Genève)

«Elle écrit et se tait en français»
Elle est née à Berne en 1951. Cette fine poétesse lausannoise, dont le père était originaire du lac Majeur, enseigne le français dans une classe qui accueille des adolescents venus du monde entier.
[...] Anne Bregani écrit beaucoup. «J'écris depuis la nuit des temps, confesse-t-elle, en tout cas depuis l'adolescence, et surtout des poèmes. Sur des feuilles volantes, car je n'aime pas les carnets.»

Tessons de potière
Fidèle depuis 1996 aux Éditions Samizdat, (un mot russe qui signifie autoédition), qui sont dirigées à Genève par Denise Mützenberg, une poétesse qui écrit en romanche, Anne Bregani vient de faire paraître son troisième livre. Il s'intitule _Chroniques du nord-es_t et sa couverture est enrichie d'un arbre nu dramatiquement entortillé, qu'a dessiné l'artiste de Morges Diane Olivieri.
Voici les premières lignes; elles disent toute la vibration intérieure de l'auteur, sa sagesse d'arpenteur et l'amour infini que cette enseignante voue à sa langue: «Écrire pour partir à l'aventure, comme d'une chasse, d'une traque même. Puis, se délier, grâce à la course vibrante de la plume sur le papier. Plonger dans le fleuve temporel de la langue, s'y faire rouler, bousculer.» (Gilbert Salem, 24 heures)