L'interruption du Parsifal après le premier acte [L’interruzione del Parsifal dopo il primo atto]

Giuseppe Curonici imagine un récit à deux protagonistes, la voix du narrateur s'entremêlant à celle d'un musicien extravagant et génial dont il s'efforce de retracer la vie : « je cherche à récapituler les faits que le maestro m'avait racontés et je me rends compte que ce n'est presque rien. Il avait affirmé être né à Naples dans un palais. Et avoir été concertiste à onze ans, professeur à treize, à vingt chef d'orchestre dans de respectables villes allemandes ; égaré en clinique sur les vertes collines et les rochers lisses. Il n'avait jamais prononcé un mot de plus sur sa vie. J'étais forcé de respecter cette zone de silence. Il parlait de la musique avec enthousiasme pour s'éviter la peine de parler de lui-même. » En réalité, entre l'un et l'autre s'est établie une relation de maître à disciple, le narrateur en convient ingénument. Les paroles du maestro, fidèlement rendues, délivrent leur charge d'émotion et d'humour. « L'apparente neutralité du narrateur – note Cesare Segre dans sa postface – est chargée de tension qui, souvent, est une tension comique, de sorte que plus le langage est sec, plus la situation est comique. Ce n'est pas pour rien que dans le livre Buster Keaton est loué à plusieurs reprises. » Si Giuseppe Curonici a inventé un personnage de maître de musique, c'est pour lui attribuer ses propres idées et fantaisies musicales. Mais bien plus que la musique et les musiciens, les problèmes moraux et religieux lui importent, et il réussit à les introduire ingénieusement parmi les autres, surtout grâce à l'attitude souvent prophétique et empreinte de sagesse biblique du maestro. La musique fournit alors des métaphores spirituelles et aide à distiller des aphorismes étincelants.

(Quatrième de couverture)

Rassegna stampa

Le jeune prodige des lettres tessinoises s'appel Giuseppe Curonici et il est né en 1934 ! Cet ancien directeur de la Bibliothèque cantonale de Lugano a attendu quarante ans avant de publier, jugeant son oeuvre non aboutie. A l'en croire, ses tiroirs regorgent de manuscrits (15'000 pages) qu'il retravaille à tour de rôle ; celui qu'on présente dans un interview comme " l'Ali Baba de l'écriture " annonce onze parutions étalées sur les prochains 22 ans. Son premier roman connaît un beau succès, tant critique que populaire, au Tessin et en Italie; les francophones le découvrent dans une traduction malheureusement trop fidèle (où l'on sent la structure de l'italien alors qu'il eut fallu réinventer la langue). Le personnage principal, le vieux Victor Tiefenbronn, est le double inversé de l'auteur: génie précoce, concertiste à 11 ans, professeur à 13, chef d'orchestre à 20: après ce début en fanfare il se " cache derrière la maladie " et tombe dans la déchéance. Tiefenbronn a-t-il tout raté ? Non pas, il a su donner amour et bonté (Curonici moralise sans agacer ni faire sourire son lecteur). Le génie s'évapore, ne reste qu'un vieil enfant ridicule, pathétique et imbu de lui-même: un Buster Keaton impassible et touchant jusqu'aux larmes, mixé avec la figure rédemptrice du Parsifal de Wagner, dans une heureuse collusion qui permet à Curonici de parler autant de son personnage que de musique ou de philosophie dans un langage très abordable. (Julien Burri24 Heures, 01.02.2005)