L'Homme qui avait deux yeux

L’Homme aux deux yeux est à la fois le roman d’aventures d’un héros moderne et la mise en scène d’un monde aussi noir que vide de sens. Dans cette histoire, Matthias Zschokke est acerbe contre la société d’aujourd’hui et sa diatribe est ici brillante.

L’homme qui avait deux yeux se distingue à peine des autres, visage, cheveux, vêtements et mallette couleur sable. Il perd sa femme, son chat, son travail de chroniqueur judiciaire, son appartement dans la capitale. A cinquante-six ans, il s’en va à Harenberg, une petite ville de province dont la femme avec qui il vivait lui a recommandé les bienfaits.

Tout au long de sa lente marche vers la grisaille, le dénuement et la mort possible ou souhaitée, ses souvenirs lui apparaissent, aussi attendrissants que fâcheux, ses révoltes éclatent dans des formulations caustiques, mais son corps a encore besoin de chaleur. A Harenberg Rosaura, qui tient un bar et accepte de longs diaogues, lui offre de curieux plaisirs.

Ce roman raconte en filigrane une histoire d’amour avec «la femme qui préférait se taire», celle qui chantait dans la même chorale au temps de leur jeunesse. Matthias Zschokke est passé maître dans l’art de raconter de petits riens en les tirant à hue et à dia jusqu’à ce qu’ils apparaissent dans une lumière étrange où ils perdent leur évidence et nous étonnent. Nous sommes là devant un diamant noir.

(Présentation du livre, éditions Zoé)

Rassegna stampa

Il y a du Bartleby et du Plume dans l'homme aux deux yeux, du K. de Kafka aussi. Si la littérature depuis Montesquieu n'a pas été avare de ce genre d'individu, le style et la finesse de Zschokke, à qui l'on doit de singuliers romans comme Max ou Bonheur flottant (tous deux chez Zoé), le distinguent des imitations. [...] Parce que tous les sujets sont abordés avec naturel et candeur, il y a quelque chose de sereinement enfantin dans ce livre qui coule comme une cascade, sans numérotation de chapitre. Quelque chose d’enfantin et de médiéval, rappelant ces fabliaux où l’évidence du temps présent installe les personnages dans un réel chaque fois renouvelé. Pierre Deshusses, Le Monde des livres, 09.01.2015

S’il fallait un roman pour dégonfler les boursouflures contemporaines, les postures égomaniaques, les appels au sacrifice, s’il fallait un livre pour questionner le langage et les discours, tous les discours (populistes, médicaux, financiers, juridiques), s’il fallait une fable pour louer le silence, s’il fallait un conte pour rire dans la débâcle, ce serait L’Homme qui avait deux yeux, le nouveau roman du Bernois Matthias Zschokke. (Lisbeth Koutchoumoff, Le Temps, 17.01.2015)