L'Eternité d'un jour

Nota critica

La pensée incorrecte

Peintre, dessinateur, galeriste à Lausanne, Richard Aeschlimann est un écrivain redoutable. Avec lui, pas de clichés, ni de langue de bois: tout ce qui sort de sa plume a la fraîcheur d’une pensée originale, résolument contraire à l’air du temps. Son neuvième livre, L’éternité d’un jour, par exemple, est un livre extraordinairement neuf: une sorte de carnet de bord où l’artiste consigne ses «impressions de voyageur amnésique de la vie».

Glanées au fil du temps, ces réflexions, qui se présentent comme une suite d’aphorismes, constituent peu à peu une philosophie originale, qui déboucherait à la fois sur une éthique et une esthétique. Une esthétique souvent imprégnée d’ironie, dans laquelle, «aussi profondes que soient ses réflexions, c’est toujours à la surface qu’on se noie».

Journal d’un créateur qui parfois doute de ses talents, ou quelquefois (c’est pire encore) en est trop convaincu, cette Éternité d’un jour est une mine passionnante dans laquelle l’artiste, dirait-on, travaille à ciel ouvert, cherche, creuse la langue, interroge la matière, pousse également la logique jusque dans ses derniers retranchements: «pour un seul et même trajet, il existe au minimum deux réalités : l’aller et le retour, deux situations totalement différentes».

L’humour, comme souvent, est une manière polie d’échapper au désespoir, ou plutôt (car Aeschlimann n’est jamais désespéré) à la nuit qui guette tout artiste, qu’elle s’appelle folie, maladie ou vieillissement. Il l’aide aussi à saisir ces bribes d’éternité - petits flashes de pensée, jet de couleur, sensation brusque d’être en accord avec le monde - qui ponctuent l’existence, sans que nous en ayons conscience, et souvent nous aveuglent, en même temps qu’elles nous ravissent.

(Jean-Michel Olivier)